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cafe-pas-gourmand2N°1 : Le café gourmand

Pourquoi : dernier avatar du marketing de fin de repas qui essaime du Courte Paille d’autoroute aux restos chics de la capitale. Comme si les marges sur les cafés et autres boissons chaudes n’étaient pas déjà assez extravagantes. Parce qu’un café gourmand est trop souvent un prétexte pour nous fourguer une boule de vanille insipide et un moelleux au chocolat riquiqui, le plus souvent industriel. Mais aussi parce qu’un serveur à qui on commande un café et l’addition ne peut s’empêcher de nous répondre :  » vous avez un café gourmaaaaaaaaaaand à la carte monsieur ».
A remplacer par : rien. Je vous ai dit que je voulais un café allongé et l’addition.

N°2 : La bavette à l’échalote ou son jumeau de misère, le pavé au poivre

Pourquoi : parce qu’il existe bien d’autres morceaux savoureux dans le bœuf et que la sauce est la plupart du temps industrielle et grasse (pléonasme).

A remplacer par : un morceau de paleron dénervé (chez Desnoyer), et une fondue d’échalotes fraiches déglacée aux vin rouge, au viandox et à la sauce soja (qui remplace avantageusement le sel).

N°3 : Le tartare-frites-salade

Pourquoi : l’idée d’avaler une bouillie de viande et de condiments est bien trop souvent un prétexte pour nous tromper avec de la viande moins noble qu’un rumsteck (donc peu onéreuse à l’achat) et de noyer sa préparation dans la matière grasse et une proportion trop importante de cornichons et d’oignons.

A remplacer par : une entrecôte, car au moins le restaurateur ne pourra vous tromper (à moins que  vous ne voyez que du feu entre une entrecôte et un onglet, dans ce cas rdv ici). Ou alors, allez déguster un tartare au cognac chez Germaine à coté de la rue de Sèvres.

N°4 : Le poulet fermier et sa purée maison

Pourquoi : parce qu’on est en droit d’attendre d’un restaurateur qu’il fasse sont travail, c’est à dire qu’il cuisine, qu’il transforme, qu’il transfigure a minima ses produits. Que la purée soit maison est bien le minimum surtout quand le plat est facturé entre 15 et 20€. Cuire au four une cuisse de poulet prédécoupée et réchauffer une purée précuite, cela relève de la grande arnaque.

A remplacer par : une pintade assortie d’une purée de légumes (marrons, cèleris). Si vous y tenez, allez vous régaler d’un poulet-purée au bistrot Victoire, derrière la place éponyme. C’est bon et cela vous coûtera seulement 11€.

N°5 : la plancha de tout et n’importe quoi

Pourquoi : parce que la plancha est avant tout un ustensile de cuisson avant d’être un plat, très intéressant au demeurant mais dont les restaurateurs abusent dans leur carte afin de surfer sur la vague du bien-être. Imaginez qu’on vous serve une « dorade à la poêle », ou un « filet de poulet au four ». C’est moins glamour, mais c’est pourtant comparable. Nous avions eu les « n’importe-quoi en papillote » dans les années 90, c’est aujourd’hui le tour de la plancha.

A remplacer par : Un bon teppanyaki à 100m des champs Élysées : Kokko Hana. Le teppanyaki et la plancha, c’est kif-kif sauf que chez Kokko, vous comprendrez pourquoi le libellé  » foie gras teppanyaki » , se suffit à lui même.

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restaurant-campionissimoAmateur de perfection en matière de Pizza, plat simple s’il en est mais qui ne tolère ni la médiocrité ni la congélation, j’avais vaguement entendu parler de cette Arlette, qui se disait vice-championne du monde de la spécialité… Interloqué et dubitatif, je décide de tester l’endroit. Quelques stations de métro plus tard, la devanture quelconque de ce restaurant tout en long apparait. Sa décoration marron et vert se fond dans un quartier qui balance entre pubs anglais, cantines bio et bistrots du terroir. Une question continue à me tarauder : mais bon sang, à quoi peut bien ressembler un championnat du monde de pizza ?

N’ayant aucune idée des épreuves que peut comporter une discipline aussi pointue, mon esprit s’emballe. Je m’imagine une discobole large et musclée, vêtue d’une nappe à carreaux rouges et blancs, tenant fermement dans sa main droite une pizza quatro frommagio de concours, en chantant ô sole mio. Après 4 tours sur elle-même, telle une wonder woman virile et  anabolisée, elle expédie d’un rapide et puissant mouvement rotatif, l’objet chaud et aérodynamique, qui après un long vol parabolique, vient s’écraser 47 mètres plus loin côté fromage (le plus lourd, comme les tartines de confiture). Un gros juge moustachu vaguement déguisé en carabinieri, inspecte la performance avec circonspection, décamètre à la main… Dans le stade, Les supporters affamés se lèvent en hurlant comme des dingues « Arlette, Arlette… »

Stoppant net ma pensée vagabonde, la porte s’ouvre. Arlette est là pour m’accueillir. Elle n’est pas vêtue d’une nappe à carreaux et n’a pas le physique d’un lanceur de disque. Je suis le premier client, elle me place gentiment au fond de la salle, à côté du frigo à desserts, ou quelques tiramitsu du jour se les gèlent en attendant le chaland. La carte est impressionnante : 93 sortes de pizza sont étalées devant moi, des plus basiques au plus élaborées. Généralement je me méfie des cartes à rallonge, souvent signe de cuisine en boite. Vous me connaissez, je prends très à coeur mon rôle de gouteur, je commande donc illico 3 pizza : girolles et crème de champignons, 5 saisons (5 légumes), crème de truffe et carpaccio de boeuf.

Derrière le comptoir, un jeune type prend le relai. Il saisit un pâton et le fait tourner habilement entre ses doigts. La force centrifuge (la meilleure amie du pizzaïolo), se met au travail et en l’espace d’un éclair, transforme une pâle boulette molle en élégant et fin disque blanc. Quelques ingrédients plus tard les pizza sont au four. Fin du premier round. L’une des particularités d’Il Campionnissimo, c’est que les pizzas les plus élaborées sont cuites en 2 temps. D’abord le fond dans l’un des grands fours qui longent le comptoir, puis elles passent en cuisine pour la garniture. Là sont ajoutés : les légumes, la salade, le carpaccio, les girolles, etc. Les produits sont frais et de qualité. Le parmeggiano reggiano déboule dans l’office en énormes blocs, les légumes sont verts et droits dans leurs bottes, le carpaccio est ultra frais. Visuellement c’est parfait, les pizzas sont gourmandes et généreuses. Au goût c’est top. La pâte est fine et croustillantes, les saveurs sont bien assemblées, les produits sont savoureux.

A part celles du Barlotti qui boxent dans une catégorie différente (celle de la pâte quasi feuilletée), ces pizzas là sont probablement les meilleures que j’ai pu manger à Paris (à part les miennes bien entendu…). Même le Bellagio & le bistrot Napolitain restent un cran au dessous. Après avoir réglé une addition honnête, je quitte l’établissement avec un plaisir non dissimulé, celui d’avoir dégotté une nouvelle cantine. Arlette, elle, arbore un sourire de championne.


Restaurant Il Campionissimo – 98 rue Montmartre – 75002 Paris

Plan sur Google Map

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guide foodingL’excellent guide du Fooding 2010 vient de sortir, et bonne nouvelle, il est disponible dans un kiosque près de chez vous ! Pour la modique somme de 9€50, soit à peu près le prix de deux sandwich TGV (aussi dégueu que le sandwich SNCF, mais moins ringard), vous découvrirez autant de révélations ou de lieux branchouilles, que de cuisine du monde ou autres neobistrots, classés par arrondissement et ordre alphabétique.

Le guide du Fooding est bistronomique et décontracté. Il classe gentiment les restaurants soigneusement triés selon des catégories facilement accessibles pour le badaud culinairement égaré : « Trop bon » quand c’est trop bon (ça tombe bien),   »Vin sur vin », quand il y a du bon vin, « Crêperie » pour manger des crêpes, etc, etc.  Bref, au Fooding on ne se prend pas la tête. Les descriptions sont bien écrites et plutôt complètes, bien plus en tout cas que celles du guide en caoutchouc de Clermont Ferrand.

Amis du terroir, autant vous le dire tout de suite, on note cependant une sur-représentation d’adresses parisiennes (ce qui personnellement me va bien).  Achetez-le, testez les adresses, dépensez tout votre argent pour soutenir la croissance, la France compte sur vous !

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restaurant-kaiImmersion dans un film des fifties avec Gabin, du genre Maigret tend un piège. Cela tombe bien, nous sommes à deux pas du marais. La lumière blafarde d’une enseigne au néon, en version colorisée, projette sa silhouette déformée sur l’asphalte laqué d’une pluie fine et glacée. On peut y lire : Duluc – Détective (non ce n’est pas une contrepèterie). On s’imagine une sorte de Magnum en version Peugeot 403, chapeau mou et pipe au bec, filant fausse moustache en avant, un mari adultère parti fricotter avec Lulu la Nantaise. Ambiance vieille France d’après guerre, sur un air de jazz lent et mélancolique. Ce soir, les imper sont de sortie. La maison poulaga aussi. Ils campent en face, sifflet à la bouche et menottes à la ceinture, comme de noirs insectes hypnotisés par un vert luisant. La projection aveuglante d’un phare vient perturber leur immobilité. Ils lèvent le bras, gonflent les joues à la manière d’un Louis Armstrong asthmatique. Un bruit strident retentit, le présumé fautif stoppe net. Il ne sait pas pourquoi, mais eux savent. Enfin, ils vont bien trouver.

Heureusement, je me faufile juste après lui, dans l’improbable parking qui jouxte l’immeuble qui me fait face. Là encore, le temps s’est arrêté. Un type à l’accent gouailleur me lance quelques phrases bien pesées, et tend un papier vaguement griffonné en guise de ticket de sortie. Dialogues signés Audiard. Je me dit que s’il lui prend l’idée d’aller se coucher en milieu de soirée, on est mal. De la supériorité de la barrière automatique sur l’homme…

1/2 minute plus tard, après 28 pas exactement, me voici sous le néon, devant la porte du restaurant Kaï. Choc culturel, on passe à Shogun. Un décors épuré, quelques tables, une cuisine au fond. L’ambiance est calme, le zen fait rage. Pierre Bergé est là pour m’accueillir. Tiens, dis donc, c’est luxueux l’accueil ici… bien en fait non, il vient juste pour diner, comme moi. Je le salue, lui ne m’a pas vu.

Une charmante Gaïcha en version Uniqlo me guide vers une table de bois clair, puis me donne la carte. J’ai enfin compris  ce que signifie Kaï. C’est le cri que pousse le client moyen en regardant le prix des menus du soir. Grosso modo, de 70 à 110 euros. En général je suis un risque tout, mais pas là. Je prends donc le premier, le plus simple. La salle est particulièrement agréable, le calme règne. Je me regarde au ralenti, comme dans un épisode de Kung Fu avec David Carradine (au passage, google-isez David Carradine, vous ne serez pas déçu de découvrir la façon très rock’n-roll dont il est mort).

Le premier plat arrive : salade de thon cru à la tataki (juste saisi). simple, beau, bon, mais pas énormément de goût. Ok, vous allez me dire que la cuisine japonaise est subtile, toute en finesse et en légèreté, et c’est bien cela qui est exceptionnel. Oui, bon… cela me rappelle une expérience de dégustation chez Mariage, ou j’avais franchement l’impression de boire de l’eau chaude, alors que le personnel ne tarissait pas d’éloges à grand renfort de superlatifs, sur le thé blanc qui infusait dans ma théière en verre. Cela ressemblait à de l’eau chaude, ça avait le goût de l’eau chaude, mais ce n’était pas de l’eau chaude… un grand moment de solitude.

Bref, je décide de faire un grand pas vers l’occident, et tente le foie gras œuf cocotte. Je m’attends à un truc fusion de deglingo, je suis un peu déçu. Pas mauvais mais un peu balourd, c’est un œuf battu et cuit lentement avec du foie gras quoi…
Puis, le risotto de homard pointe son nez, enfin ses pinces plus précisément. C’est bon, c’est un bouillon exquis et léger, au fond duquel repose un riz rond avec quelques beaux morceaux du crustacé. Objectivement, rien à voir avec un risotto, mais bon, pas grave je ne suis pas très fan des risottos en général. Les desserts ici sont une curiosité. En fait ce sont des desserts Pierre Hermé. Cela peut paraître curieux mais au final c’est un excellent choix. Les desserts japonais ne sont pas ma tasse de thé vert, même matcha.

Au final, Kaï est un bon japonais. Il n’a absolument rien de commun avec les affreux california maki fabriqués au kilomètre et livrés par des scooters pétaradant, brûlant à toute berzingue l’oxygène de la planète et les lois républicaines.

Cependant, le voisin de palier de Duluc le détective, gagnerais à baisser ses prix de 30%. Les menus du soir sont un peu chers. Le rapport prix/plaisir est donc moyen. Allez-y plutôt le midi !

Restaurant Kaï – 18, Rue du Louvre – 75001 Paris

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restaurant el bullPrologue :

Il est de bon ton en ce moment de dézinguer la cuisine dite « moléculaire », sur l’autel de la tradition et du conservatisme franchouillard. Oui Ferran Adria déstructure, réinvente. Mais sa cuisine n’est pas l’antichambre de savants fous triturant des produits radioactifs et bio hazardeux. Dans son laboratoire, on trouve de la gelée, du soja,  du sucre avec du gaz carbonique, des machins pour faire du froid. Pas franchement de quoi alimenter ce qui tourne à la légende urbaine imbécile. Combien d’articles crétino-sensationnalistes s’inventent des lendemains à l’hôpital et des nuits à l’agonie, alors que les mêmes continuent à boire de l’eau qui pique pleine de gaz qui tue la planète, à utiliser la congélation (attention, froid pas du tout naturel !),  et à regarder leurs mômes chimico-dépendants se bourrer de bonbons fluo et autres barres chocolatées saturées de graisses hydrogénées.

El Bulli est différent, et la différence fait peur, provoque le rejet, alimente la rumeur. C’est vieux comme le monde. Raison de plus pour ne pas tomber dans le panneau. Est-ce du flan ? ayant personnellement été très échaudé par l’expérience (ou plutôt la non expérience) Thierry Marx à Bordeaux, je suis devenu très méfiant sur les cuisines frimeuses. Au final, ce sont les papilles qui trancheront.

Evidemment, accéder au bouledogue n’est pas chose aisée. Liste d’attente, coup de fil à quelques amis, favoritisme honteux, sacro-sainte réservation, GPS à la ramasse, petite route longeant la mer, et enfin entrée d’une villa bien cachée au détour d’un tournant, avec le logo du chien méchant dessus.

Acte 1 :  l’arrivée
Ambiance traditionnelle : bois foncé, crépi sur les murs blancs, chaises en paille, luminaires  de chez mamy,  accueil simple et chaleureux sans chichis. Visite de la cuisine, rencontre avec Ferran Adria, serrage de mains, échange de quelques mots… devant nous 45 toqués en blouse blanche dans une ambiance de salle d’opération. 10 sont penchés autour d’une même assiette et interviennent un par un, avec un synchronisme d’automate et une précision d’horloger.

Acte 2 : Entrée en matière et premières impressions
Retour à table. Quelques olives vertes s’entrechoquent paisiblement dans un bocal en verre rempli d’huile (d’olive évidemment), accompagné de quelques gousses d’ail et autres herbes aromatiques. Quoi ? c’est ça le premier amuse bouche ? Une bête olive ? Ben non, évidemment… l’olive est reconstituée, c’est une olive sphérifiée (mais non, ça ne fait pas peur, je rappelle que la sphérification n’est que l’emprisonnement d’un liquide dans une gelée). Le tout accompagné d’une chips de tomate, d’une petite baguette soufflée (étonnante et croustillante) emmaillotée de jambon Bellota.

C’est bon, très bon, très très bon. L’olive explose en bouche et révèle ses saveurs complexes d’herbe verte et d’acidité contenue. Un violent coup de fraicheur.  Un gin fizz à l’espuma tiède et enivrante vient compléter le tableau. Un tableau de maître.

Acte 3 : les plats s’enchainent dans un harmonieux étourdissement, miraculeux ou déroutants.
30 plats, 4 heures, 1 création toutes les 8 minutes.
Je ne vais pas ici vous décrire scrupuleusement tout ce qui défile dans nos assiettes.  El Bulli n’est pas un restaurant, c’est un concept, un rêve, une vision. Celle d’un artiste inspiré, opiniâtre et méticuleux. Pour lequel l’appétit de créer a balayé d’un coup de toque tous les repères connus en matière de cuisine.  El Bulli est à la fois un ballet, une installation, une exposition, un improbable théâtre, une expérience gustative et visuelle unique. Ce n’est pas une cuisine qui privilégie la forme au détriment du goût. Il est puissamment révélé, les textures et les associations sont d’une richesse infinie. Les produits sont d’une extrême qualité, ils sont parfois déstructurés mais toujours respectés.

Epilogue :

Sans aucune complaisance avec les fumistes et les frimeurs, au final j’estime qu’Adria mérite bien l’énorme buzz fait autour de sa cuisine. Battez-vous pour y aller, jouez des coudes, faites le siège, dormez devant la porte, c’est à vivre au moins une fois dans une vie d’amateur de gastronomie.

Restaurant El Bulli – Cala Montjoi – 17480 Roses – Espagne

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restaurant la fourchette du printempsImaginez-vous qu’à 50 mètres de chez moi, vient d’ouvrir un bistrot gastro complètement dingo. Cela faisait quelques semaines que je les voyais trainer, ces deux jeunes mecs devant leur devanture, à battre le pavé en attendant le chaland. Un peu gauches, pas très sûrs d’eux. Et soudain, après une poignée de jours de galère (notez que c’est plutôt court) : gloire, consécration. Le tout Paris en bruisse, les critiques affamées de papier rappliquent, le carnet de réservation s’enflamme, le bourgeois en est gaga.

Dans un cadre plutôt modernisant, bois-blanc-rouge, un peu quelconque mais qui a au moins le mérite d‘être sobre, une dizaine de tables montent la garde en rang d’oignon. Les assiettes blanches sont posées à même les plateaux de bois : esprit bistrot es-tu la ?
Un vieux comptoir décapé posé contre un mur délimite le territoire des propriétaires. Un tout petit territoire, dans un tout petit pays, le pays du printemps. Dehors il fait nuit et froid, au dessus des tables, un halo violet descend du plafond, comme un crépuscule discontinu et artificiel, fabriqué par EDF.

La carte est courte : 3 entrées, 3 plats, 3 desserts. Le menu du soir est à 42 Euros, soit l’équivalent de 4,3 menus maxi best of chez le gros Ronald, le clown qui fout la trouille avec ses cheveux rouges et son maquillage de psychopathe. Un excellentissime rapport qualité prix (le menu du soir pas le maxi best of).

Des cèpes en raviolis dans un bouillon gourmand, un saint pierre nageant paisiblement au milieu de petits légumes croquants, de la châtaigne en velouté, un topinambour émulsionné, un bœuf qui tend la joue perché sur sa pomme de terre fondante, un foie gras aiguisé comme une lame, un chutney à l’orange pointu comme un couteau. Rien n’est laissé au hasard, tout est ultra précis, beau, gouteux, généreux. 10/10, mention très bien, avec les félicitations du jury.

Ce n’est pas une histoire de technique, ni de business, ni de produits. C’est une histoire d’amour du travail bien fait, d’envie, de partage, de respect du client.

Une fraicheur de jeunes premiers émane de ce restaurant, leur entrée en scène est remarquable. Ils méritent le Goncourt des fourneaux, le Pulitzer des marmites, le Molière des cocottes.

Dans ma rue, c’est tous les jours le printemps.

Restaurant La Fourchette du Printemps – 30, rue du Printemps – 75017 Paris – 01 42 27 26 97

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restaurant MBCUne grande salle, en deux parties. Une déco un peu kitsch, pas franchement moche mais pas d’un goût très assuré non plus. Pour vous donner une idée, un peu entre un épisode de M6déco et une tête de gondole de Castorama un dimanche de pluie. Valérie Damidot à du passer par la , et d’un coup de baguette magique,  transformer un vieux restaurant en un chaleureux pavillon témoin tout droit issu du Domexpo de Garges les Gonnesses. Du design en plastique, du baroque, un soupçon de clinquant. Bref le cocktail réussi des réceptions de l’ambassadeur, manque plus qu’une pyramide de Ferrero roche d’or.

Bon ok, j’exagère franchement,  la salle n’est pas à ce point désagréable, et reste au dessus du lot des restos parisiens en général.

Ce soir là cependant, elle est plutôt vide. Le serveur, fort sûr de lui, nous propose une table haute. Ambiance tapas sur tabourets de bar. Quelle drôle d’idée pour un dîner… c’est bizarre dans cet endroit, cette nécessité de verser dans l’originalité à contre temps.

La carte est plutôt courte. J’opte pour le foie gras et son gros cornichon. J’ai lu récemment une critique jubilatoire du même foie gras Choukrouné sur son cornichon doux. Mais moi, je ne suis pas très ouvert d’esprit en matière de critique culinaire. Je n’écoute que François Simon et celle là n’était pas de lui.
Suivront le bœuf dans son bouillon de crevette au nom étonnant (désolé, je ne me souviens plus du nom de la crevette, pourtant fort recherché) et le veau accompagné (ou plutôt étouffé) par sa tartelette de navet, pour la route.

Le foie gras poëlé est accompagné comme prévu de son cornichon doux, de sa coriandre Thaï et de son coulis d’abricot au poivre de sechuan (enfin je crois que c’était du poivre de Sechuan). Déjà, en le disant, on a l’impression d’être dans un exercice imposé : « bon mon gars ce soir, t’as du foie gras, 1 abricot, 3 grains de poivre, 1 feuille de coriandre  (Thai¨, et toc), 1 cornichon à hamburger ! débrouille toi pour me faire un truc qui en jette, t’as 15 minutes ». Pas raté, mais pas top. La suite arrive : Le boeuf est cuit, il est un peu coriace, la crevette est crue, elle n’a pas de goût. Le veau, tendre et rose, disparait sous une avalanche gustative de cannelle qui masque tout (c’était des navets ou des bananes ??). Bof bof, à 50 euros par personne sans dessert et avec un verre de vin, ce n’est pas bien convaincant.

Pourtant, au restaurant MBC, le concept est assez limpide (enfin sur le papier. Dans l’assiette un peu moins). Une cuisine fusion qui mêle terroir français et saveurs d’afrique du nord. Cela donne dans le désordre, un bœuf : une datte, un foie gras : un brin de coriandre, un veau : une louche de cannelle…
Dans le monde scientifique, la fission est plus facile à opérer que la fusion. Ici, c’est le contraire. La fission fait rage, elle scinde, atomise, disperse. Traduction : individuellement les produits sont honnêtes, les cuissons maitrisées, mais l’ensemble manque de cohérence. Et surtout, le rapport prix plaisir est mauvais. Filez donc chez Caïus, 2 rues plus loin.

Restaurant MBC – 4 rue du Débarcadère – 75017 Paris

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truffeJe voulais une truffe fraiche, ça m’a pris d’un coup, comme ça, un samedi. A priori un bon mois, encore une chance. Donc n’étant pas à proximité d’un marché provençal, je me suis dirigé vers la Maison de la Truffe (Place de la Madeleine). Bon accueil, ça sentait bon, le serveur était a priori compétent. Il me fait sentir la Truffe d’Alba, un parfum à tomber et un prix à s’évanouir (à partir de 150€ environ pour une toute petite boulette blanchâtre).

Bref, je penche pour la truffe noire. 30 grammes, 60 euros. Pas donné, mais il faut savoir ce qu’on veut dans la vie.  Déception, Trahison !! Elle avait une belle texture coupée en fines lamelles, mais autant de goût qu’un champignon de Paris. En fait plutôt moins de goût.

Rageant, la truffe c’est moi !

Repli stratégique chez Olive&Co. Coup de chance, la truffe était à l’honneur ce jour là. Sel à la truffe blanche, lamelles de truffe d’été en bocal, huile de truffe. Je tente, je prends le tout, je suis un deglingo.

Test : bah c’est pas mal du tout ! Les lamelles ont du goût, elles ont un bel aspect. Dans un écrasé de pommes de terres maison c’est top. L’huile est de qualité, elle ne sent pas la truffe de synthèse version hydrocarbure. C’est agréable en bouche, l’odeur est subtile.

Le sel maintenant : quand on ouvre la boîte, l’odeur emporte tout. C’est puissant, entêtant. A essayer sur un produit simple. Dans un plat de pâtes tout bête (De Cecco quand même), ça vous emporte tout de suite loin, très loin… a Casale Monferrato… plus vite que la téléportation.

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chocolats virginie duroc dannerComme chaque année en novembre, je me suis mis à chercher un calendrier de l’Avent, c’est original, je sais…

N’empêche que j’aime bien cette tradition née en Allemagne de l’imagination d’un père de famille qui, voulant canaliser l’impatience de ses enfant (on doit avoir les mêmes), découpa des images pieuses qu’il leur remit chaque matin !

Mais les temps ont changé. Je n’ose même pas imaginer quel effet pourrait avoir la distribution de photos de la vierge immaculée auprès de nos monstres modernes nourris de barbies à la mode PHP (Paris Hilton Poufiasse) et autres wiiiiiiiii squateuses de télé (pendant les infos de préférence).

En guise d’imagerie et à la recherche d’un peu plus de modernité, je voulais des chocolats ! Mais pas n’importe lesquels. Exit les Kinder Surprise sans goût (c’est toujours un truc en plastique naze à l’intérieur, elle est ou la surprise ??), aux orties Milka et sa marmotte bouffie par le gras et le sucre.

Vive les chocolats BCBG (bons, chics, beaux et gourmands) !
J’en ai trouvé sur le site internet de Virginie Duroc-Danner. A la façon des puzzles en cubes pour les enfants, le calendrier de l’Avent VD-D est une grande boite contenant 24 petites boites remplies chacune de créations délicates en chocolat, colorées, décorées à la main, délicieuses et toutes différentes.
Cette artiste-chocolatière propose bien d’autres créations originales et pleines d’humour, et pas que pour les enfants (comme ces palets « Virginie Poker Tour ») sur sa boutique en ligne
www.vd-d.com

Juste un dernier conseil : oubliez les jetons en chocolat pour jouer au Poker, on s’en fout plein les doigts et ça marque les cartes…

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eclairs fauchonTout pour les pupilles, rien pour les papilles !

Test du soir : les jolis plats traiteurs de chez Fauchon qui ressemblent à des desserts… Vous savez, les incroyables mille-feuilles au saumon, au fromage, les éclairs au foie gras, les tartelettes aux légumes. C’est beauuuuu ! Très beau même. Certainement le design culinaire le plus réussi dans le genre. Vos yeux sont grands ouverts, les pupilles dilatées, les papilles prêtes à bondir, ça à l’air terrible !

Première bouchée : l’éclair au saumon. Tiens, c’est curieux…. pas hyper frais, pas très subtil. Le saumon est très présent, trop présent. Un vague fromage frais l’entoure maladroitement. La texture est quelconque, les lamelles de radis, qui ponctuent la régularité verticale de l’objet prétendument gourmand, sont mous… il n’y a rien de plus déprimant un jour de pluie qu’un radis mou. Je suis mal tombé là ou quoi ? Si j’étais méchant je dirais qu’il avait un goût prononcé de vieux frigo. Mais je ne suis pas méchant alors j’accorde une deuxième chance à Mr et Mme Fauchon.

Deuxième chance : le mille-feuilles de légumes et fromage de chèvre. Je croque. Je m’attends à une tuerie stratifiée, avec des goûts bien identifiés, chacun à leur étage. Flop total. Le feuilletage n’est pas croustillant (c’est le retour de l’effet frigo), en bouche on a à faire à une bouillie de fromage sans autre goût déterminé. Rien n’est croustillant, les légumes n’ont pas de goût. On dirait l’apéro de mon pote Roger, le roi des rillettes au Saint Mauret : de thon, de saumon, à la ciboulette… Sauf que mon pote Roger ne s’appelle pas Roger Fauchon et qu’il ne vend pas ses pots 10 Euros… Fin du 2ème round. Si j’étais méchant, je dirais qu’1 sandwich de tartare aux fines herbes entre 2 tucs pourrait rivaliser avec la prétentieuse chose rectangulaire de la place de la Madeleine. Mais je ne suis pas méchant, j’accorde donc une troisième chance !

Troisième chance : la petite tartelette carrée au parmesan , saumon – crevettes. A ce stade, je l’avoue je deviens suspicieux. Je tourne et retourne le truc carré dans mon assiette, je soulève un peu, je saisis un couteau, je tranche d’un coup sec. Un morceau se détache en entraînant quelques miettes. Je goutte ce qui ressemble à une pâte sablée. Je m’attends à un goût de Parmeggiano Reggiano, et ? … rien du tout. Il est pas fortiche le type qui a commis la structure pâtissière, ça a du goût le parmesan pourtant… Je continue mon investigation. Devenu méfiant, j’enfile des gants en latex, je mets un masque anti-microbien , je saisis un scalpel. Je ne dîne plus j’opère. Je ne déguste plus, j’autopsie. Du morceau découpé coule un liquide blanc-jaune crémeux et parsemé d’Aneth. Je tâte le saumon fumé dressé en pétales : il est dur et sec. Dommage, je n’ai pas de microscope sous la main, je pense que j’aurais pu découvrir des formes de vies surprenantes. Je bouscule un peu une crevette. Elle est morte. Jusque là, rien de plus normal me direz-vous. Sauf qu’elle est morte depuis un certain temps… Pour l’amour de la science, je décide de me lancer. Je goutte une bouchée d’un petit peu de tout : comme prévu, ce n’est pas bon.

Amer, fort, gras, plein d’une digression de mayonnaise. Je deviens méchant, je n’accorderai pas de quatrième chance.

Epilogue : une tartelette aux framboises cernée par des éclats de pistaches et un gâteau long et vert poudré qui me semblait sympa en vitrine. Le gâteau est rectangulaire, il à un goût un peu chimique. Mon palais ne s’en souvient pas. La tartelette est bonne. Pas inoubliable mais bonne.

Conclusion : allez chez Le Nôtre.

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